Lundi matin 26 juin…c’est dans l’allégresse que je cours vers l’Abbaye Saint-Benoit-du-lac pour une cure de silence ô combien méritée! Je m’accorde LA récompense ultime après cette année de bavardage incessant et épuisant de mes élèves. Et, miracle, dans mes valises une petite plaquette de Michel Serres qui viendra non seulement mettre des mots sur mes émotions et expériences, mais qui confirmera mes intuitions (convictions?), à savoir que ce bavardage incessant n’est pas seulement représentatif du rapport à l’autorité qui s’est transformé, mais symptomatique d’une école dépassée.

Ce que je ne savais pas par contre, c’est que ce bruit de fond insupportable avait maintenant atteint les classes supérieures. Michel Serres, professeur d’université depuis plusieurs décennies, l’exprime ainsi : Formée dès l’enfance, aux classes élémentaires, la vague de ce que l’on nomme le bavardage, levée en tsunami dans le secondaire, vient d’atteindre les amphis qui se remplissent, pour la première fois de l’histoire, d’un brouhaha permanent qui rend pénible toute écoute ou rend inaudible la vieille voix du livre.

Pourquoi bavarde-t-on sans cesse à tous les échelons du parcours académique? Évidemment parce que le rapport à l’autorité n’est plus du tout ce qu’il était et que celui qui se contentait jadis de ne pas écouter et de rêver au fond de la classe par peur d’une sévère réprimande, maintenant s’exprime. Mais aussi parce que le savoir est là, au bout des doigts, partout, omniprésent, documenté, schématisé, animé et que personne n’est intéressé alors à venir lire ou entendre oraliser des pages d’écrit. Le seul qu’on écoute encore, et pas toujours, est l’oiseau rare, le prof original, inventif et créateur qui sait raconter et mettre à profit la valeur ajoutée des technologies d’aujourd’hui.

Vous seriez à l’aise vous, dans un milieu de travail où tout le monde parle en même temps que vous, toute la journée? C’est littéralement é-pui-sant! À quand la réorganisation scolaire, les classes réaménagées pour répondre aux besoins actuels? Cessons de parler de l’école de demain, l’école d’aujourd’hui n’est pas encore entrée dans le 21e siècle, il serait plus que temps qu’on s’y mette.